Pour ou contre les punitions ?

 

Les bonnes vieilles dizaines de lignes à recopier « je ne dois pas mettre les Playmobils de mon petit frère dans la poubelle… », la privation de dessert ou de sortie, l’interdiction de dessins animés pendant un mois, et autres « Puisque c’est comme ça tu n’iras pas à l’anniversaire de ta copine ! ».

Ça vous rappelle des souvenirs ? Moi oui !

Aujourd’hui, nous entendons de plus en plus souvent parler des punitions comme d’un outil d’éducation dépassé, bon à remiser au grenier avec nos vieux jouets.

 « On n’est plus dans les années 80, c’est bien connu les punitions ne servent à rien ! »

 Ah bon !? Pourtant nous avons grandi, nous, avec ces privations de sorties et de flamby pour le dessert ! Et il nous semble bien qu’effectivement ça nous empêchait de recommencer nos bêtises ! Donc pourquoi ne pas faire la même chose avec nos enfants ?

C’est super de dire que ça ne sert à rien, mais concrètement qu’est qu’on nous propose d’autre ?

pour ou contre les punitions ? - jessica rambure

Nombre de travaux en psychologie scientifique démontrent que les stratégies répressives sont en réalité peu efficaces pour réguler les comportements non souhaités de nos enfants.

       Il y a souvent deux cas de figure récurrents quand les punitions interviennent :

👉 La punition constitue pour le parent démuni la seule solution pour couper le comportement de l’enfant face à une situation de débordement.

« Comment faire pour que ce comportement cesse ? Je n’ai pas le choix je dois le punir ! » 

👉 La punition fait office de « décharge » pour le parent à bout, qui cherche un moyen de soulager sa propre tension interne en sanctionnant l’enfant sur un « privilège », dans l’espoir que cela le frustre suffisamment pour changer son comportement à l’avenir.

C’est ainsi que nous avons été élevés pour la plupart d’entre nous, et il est bien naturel que ce soit notre reflexe premier. Aller, avouons-le, on l’a tous fait !

Cependant, la punition sans lien avec le comportement repréhensible (tu t’es roulé par terre au supermarché, tu seras donc puni de dessins animés) va certes empêcher que l’action se reproduise, mais s’assimilera plutôt à du dressage éducatif qu’à de l’éducation à proprement parler.

Le raisonnement moral de l’enfant (pourquoi ce comportement n’est pas acceptable) et son raisonnement altruiste (qu’est-ce que cela a comme impact sur les autres) ne sont alors pas stimulés.

 

Par ailleurs, cela enseignera à la longue à l’enfant à se soumettre aux décisions des adultes sans chercher à comprendre ni cultiver son esprit critique, et incitera ces dit-enfants à faire de même lorsque qu’ils voudront imposer leur point de vue plus tard.

 

article punition - jessica rambure

La punition sans lien avec le comportement repréhensible n’apporte ainsi pas les éléments de compréhension nécessaires à l’enfant pour qu’il assimile pourquoi ce qu’il a fait n’était pas acceptable.

Il ne s’agit cependant pas de ne rien faire !

Si la punition occasionnelle (et non humiliante) peut fonctionner sur des débordements ponctuels d’enfants sans problème particulier, on privilégiera plutôt les notions de conséquences naturelles ou logiques face aux comportements non souhaités de nos enfants, pour les aider à développer leur responsabilité, leur raisonnement moral et la compréhension du monde qui les entoure.

En somme, on ne laisse pas les enfants retourner la bibliothèque municipale ou saccager leur chambre sans réagir, on change simplement de stratégie pour faire passer le même message, le fil conducteur étant « comment cette conséquence naturelle ou logique que j’applique va concrètement enseigner quelque chose à mon enfant sur son comportement ».

Le choix d’une conséquence naturelle ou logique dépendra de la situation problématique dans laquelle vous vous trouvez :

La conséquence naturelle, c’est ce qui va arriver naturellement si l’enfant va au bout de son idée, ce qui va lui permettre d’expérimenter à quel point son choix peut être inconfortable.

 

Exemple : Il est 8h22 Matilda refuse de mettre son manteau pour partir à l’école. L’horloge tourne, l’école ouvre ses portes dans 8 minutes et vous êtes vous-même encore en pantoufles. Sous stress, vous allez naturellement chercher à exercer une pression sur l’enfant pour qu’elle mette son manteau avant de partir afin qu’elle n’ait pas froid et ne tombe pas malade. Bien entendu Matilda se braque, votre tension artérielle est maintenant à 32, le conflit guette et une ambiance gros boudin vient de taper à la porte pour vous aider à commencer votre journée. Waze vous indique également un itinéraire de 30 secondes, à destination de « Menaces et Punitions ».

La conséquence naturelle serait ici de laisser l’enfant sortir sans manteau pour qu’elle se rende compte par elle-même, qu’en sortant d’un logement chauffé à 20 degrés (et où effectivement ce fameux manteau s’avère être assez inconfortable) tout à coup on a froid quand on se retrouve dehors par -5 degrés.

En laissant l’opportunité à l’enfant de ressentir par elle-même le froid, il y a de grandes chances qu’elle accepte ensuite de mettre son manteau sans avoir besoin de la forcer ! A l’inverse, faites confiance aux ressentis de votre enfant ! S’il vous dit qu’il n’a pas froid, c’est certainement le cas ! Dans les deux cas, le conflit devient complètement inutile et votre tension vous dit merci.

 

La conséquence logique, c’est ce que le parent va mettre en place, directement en lien avec le problème, pour éviter que les comportements gênants ne se répètent. Elle doit être appliquée comme annoncée à l’enfant, avec constance, tranquillité et cohérence, et ne doit en aucun cas être disproportionnée de sa bêtise.

Exemple (le concept est déclinable à l’infini !) :

17H45 au parc : Marius hurle et se roule par terre depuis que vous avez annoncé que c’est l’heure de quitter le parc et de rentrer à la maison.

Vous quittez le parc avec pertes et fracas, en ressentant distinctement le regard jugeant des autres parents vous transpercer le dos.

 

👉 Méthode « punitive » : vous rentrez à la maison hors de vous suite à cet épisode et annoncez à votre enfant qu’il sera privé de dessert et de dessin animé pendant une semaine.

👉 Conséquence logique : vous attendez la fin de la crise et le retour à la maison pour expliquer calmement à votre enfant que puisque c’est encore trop difficile pour lui de quitter le parc quand papa ou maman le demande, on va devoir attendre un peu avant de pouvoir y retourner.

 

Lorsqu’il réclamera à nouveau d’aller au parc, vous lui rappelez cet épisode, sans jugement, en initiant pourquoi pas une discussion sur ce qui est difficile pour lui et ce que vous attendez de sa part.

Lorsque vous estimez que vous pouvez retenter une sortie au parc, vous ne manquez pas de lui rappeler que vous souhaitez sa pleine coopération au moment où il faudra partir afin qu’il puisse y retourner plus rapidement la fois suivante.

 

Ces deux concepts de conséquences naturelles ou logiques sont déclinables à l’infini !

 

N’oublions pas que nos enfants sont naturellement volontaires pour coopérer et apprendre !

 

Pour conclure, les punitions à proprement parlé ne sont en effet pas préconisées, tout simplement parce qu’elles ne fonctionnent pas sur le long terme ! En tout cas pas du point de vue l’enfant.

La punition va soumettre l’enfant et instaurer un rapport vertical avec l’adulte qui s’occupe de lui, en lui demandant de se « plier » à sa vision du monde, mais sans attendre de l’enfant qu’il comprenne le fond du problème et intègre la solution.

Par ailleurs, les punitions vont également induire chez l’enfant un sentiment de honte et/ou de tristesse, ou encore de peur en fonction de la nature de la punition, ce qui nous le savons maintenant n’est pas sans conséquences sur son développement.

article punition - jessica rambure

Nos enfants ont besoin de donner du sens à leurs apprentissages !

Grâce aux conséquences naturelles et logiques, nous pouvons ainsi tout à fait obtenir de l’enfant qu’il rectifie son comportement en instaurant un rapport horizontal avec lui (sans rapport de force donc) en mobilisant sa responsabilité et son raisonnement, et en l’aidant à saisir le sens des consignes données et la portée de ses comportements. Tout en le respectant en tant qu’individu et en prenant soin de sa sécurité affective.

 

« Quand un enfant est puni, il prend la résolution de devenir plus prudent, non celle de devenir plus honnête et plus responsable » – Haïm Ginott

 

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